—Ah! voilà! fit-il d'un air malicieux.
—Garde cette bourse que tu me rapportais, et apprends-le moi.
—Comment ne te dirais-je pas la vérité? s'écria-t-il, les yeux brillants de cupidité; je te dirai tout comme à Jéhovah! mais à condition que tu me garderas le secret.
—Oui, parle!
—Eh bien, hier, à la nuit, un homme que je crois être un mylord anglais, est arrivé en bateau. Il m'a demandé si la dame française était seule, et sur ma réponse affirmative, il est entré chez elle, est resté un quart d'heure, puis il est remonté en barque.
—Comment s'appelle cet Anglais?
—Il ne m'a pas dit son nom; c'est un homme grand, un peu fort, blond et sans barbe, d'une quarantaine d'années.
—Peux-tu savoir d'avance quand il reviendra et venir m'avertir? Tu seras content de ma générosité.
—Je ferai de mon mieux, seigneur, dit-il en empochant la gratification.
Quel était cet Anglais mystérieux? j'aurais donné n'importe quoi pour le savoir, car je me sentais véritablement jaloux de mademoiselle de Cérignan. Je me pris à réfléchir autant que me le permettaient l'agitation et le décousu de mon existence. Si je suis jaloux à ce point, pensais-je, c'est que je suis très-amoureux. Eh bien, il ne faut pas que cela soit. Olympe a peut-être eu envie de m'aimer, mais elle a eu la force de s'en défendre. Elle l'a dit, elle ne s'appartient pas. C'est à moi de respecter ses liens, quels qu'ils soient, et de l'oublier.