[XI]

Dans les premiers jours de Décembre, j'appris que le général Davoust était venu au Caire pour demander des renforts qu'il devait conduire à Desaix, toujours à la poursuite de Mourad.

Je demandai à faire partie de l'expédition avec mon régiment, ce que j'obtins comme une faveur.

Dieu savait seul si je reviendrais jamais. J'avais besoin de faire campagne. Je m'étais remis à penser à Djémilé. Je déposai à la caisse du payeur général l'argent qui me restait, avec ordre de faire passer le tout à mon père si je ne revenais pas.

Puis, laissant la maison sous la garde de Pannychis, des négresses et de la petite fellahine, je partis avec Guidamour et Morin, qui voulait dessiner les antiquités semées sur les deux rives du Nil et copier les inscriptions.

La colonne sous les ordres de Davoust se composait de 1,200 cavaliers, de 300 hommes d'infanterie et de six pièces d'artillerie qui furent embarqués sur une flottille.

Le voyage du Caire à Beny-Soueyf, où était la division Desaix, ne m'offrit qu'un médiocre intérêt.

Morin ne voulut pas passer devant les ruines de Memphis, récemment retrouvées par le général Dugua, sans les visiter. Je le suivis. Deux pauvres villages, quelques monceaux informes de décombres au milieu des monticules et quelques colonnes brisées, c'est là tout ce qui reste de la ville de Menès. Morin me montra une statue renversée et à demi-enfouie dans le sable, qui avait plus de cinquante pieds de long. Après avoir lu les hiéroglyphes gravés sur le colosse, il m'apprit que c'était l'image du grand conquérant Ramsès-Meiamoun, que nous appelons Sésostris.

Le 10 Décembre, nous étions à Beny-Soueyf, ville assez considérable défendue par une redoute que Desaix avait fait construire. Malek avait su se rendre utile. Il tenait le général au courant des mouvements de Mourad. Celui-ci avait rallié à lui toutes les tribus arabes du désert et de Yambo, sur la côte d'Arabie, et celles de la Mecque sans compter une foule de Nubiens et d'Éthiopiens.