Le ciel fait à l'État deux faveurs à la fois

Dans cette auguste et pompeuse alliance:

Nous donnerons des sujets à la France.

Et vous lui donnerez des Rois [97].

Le soir il y eut spectacle où l'on joua la Partie de chasse de Henri IV, souper en public, illumination qui représentait le temple de l'Hymen, inauguration de la nouvelle porte de ville, dont la Dauphine accepta la dédicace, distribution de pain, de vin et de viande, acclamations réitérées de Vive le Roi! Vive Madame la Dauphine!

Le 12, Marie-Antoinette passa à Reims, la cité du sacre: «Voilà, dit-elle galamment, la ville de France que je désire revoir le plus tard possible.»

Le soir, elle arriva à Soissons, entourée des gardes du corps qui l'escortaient depuis Fismes [98]. Les bourgeois et les compagnies de l'arquebuse l'attendaient aux portes de la ville. Les rues qui conduisaient à l'évêché, où devait loger la princesse, étaient garnies d'une singulière et pittoresque décoration: un double rang d'arbres fruitiers, de vingt-cinq pieds de haut, entre lesquels couraient des guirlandes de lierre, de fleurs, de gaze d'or et d'argent, entremêlées de lanternes. Reçue par l'évêque duc de Soissons, au bas du perron de son palais, la Dauphine fut conduite à son appartement par une galerie éclairée de mille candélabres. Des distributions furent faites au peuple et, le soir, un merveilleux feu d'artifice montra à la foule enthousiasmée un temple surmonté d'un double groupe: la Renommée annonçant la Dauphine à la France, et un Génie lui présentant son portrait.

Le lendemain, fidèle aux leçons de sa mère, Marie-Antoinette communia des mains de l'évêque dans la chapelle de l'évêché, et le soir assista, dans la cathédrale, à un Te Deum solennel [99]. Le 14, dans l'après-midi, elle prit la route de Compiègne.

Dans une des villes qu'elle traversa, des professeurs et des écoliers vinrent la complimenter en latin; elle se retrouva assez savante pour répondre à ces jeunes Cicérons dans la même langue [100].