Sous son influence et sous celle de Mlle Bertin, les coiffures atteignent des proportions colossales. C'est tout un échaffaudage de gaze, de fleurs et de plumes [618], de plumes surtout, entrelacées avec des cheveux crêpés, bouclés, tressés, hérissés [619]; vrai chef-d'œuvre d'imagination et de patience. On porte sur la tête tout un paysage, une montagne, une prairie émaillée de fleurs, un ruisseau, un jardin à l'anglaise, un vaisseau sur une mer agitée [620], etc. Les dessins et les dénominations varient à l'infini, depuis l'aigrette qui emprunte aux mémoires de Beaumarchais son nom de quésaco, jusqu'à la coiffure à l'inoculation et au lever de la Reine, en passant par la coiffure au chien couchant, à «l'hérisson», à la baigneuse, au bandeau de l'Amour, à la frivolité, à la Belle Poule, sans oublier les bonnets au Colisée ou à la candeur, les chapeaux à l'anglaise ou à la Henri IV, les toques à l'espagnolette [621], sans oublier surtout le pouff au sentiment, dans lequel la duchesse de Chartres est parvenue à représenter son fils, le duc de Valois, dans les bras de sa nourrice, avec un petit nègre et un perroquet becquetant des cerises [622]. Les dimensions deviennent si prodigieuses que la figure d'une femme atteint, dit-on, jusqu'à soixante-douze pouces de hauteur, et qu'il faut relever les portes pour permettre aux dames en grande toilette d'y passer [623].
Le bruit de ces extravagances arrivait jusqu'à Vienne, commenté et exagéré encore [624], et Marie-Thérèse s'en alarmait pour sa fille: «Je ne puis m'empêcher, lui écrivait-elle, de vous toucher un point que bien des gazettes me répètent trop souvent. C'est la parure dont vous vous servez; on la dit, depuis la racine des cheveux, trente-six pouces de haut, et avec tant de plumes et de rubans qui relèvent tout cela! Vous savez que j'ai toujours été d'opinion de suivre les modes modérément, mais de ne jamais les outrer. Une jeune, jolie Reine, pleine d'agrément, n'a pas besoin de toutes ces folies; au contraire, la simplicité de la parure fait mieux paraître et est plus adaptable au rang de Reine. Celle-ci doit donner le ton et tout le monde s'empressera, de cœur, à suivre même ses petits travers; mais moi, qui aime et suis ma petite Reine à chaque pas, je ne puis m'empêcher de l'avertir sur cette petite frivolité, ayant au reste tant de raisons d'être satisfaite et même glorieuse de tout ce que vous faites [625].»
Et la Reine répondait aussitôt: «Il est vrai que je m'occupe un peu de ma parure; et, pour les plumes, tout le monde en porte, et il paraîtrait extraordinaire de n'en pas porter [626].»
Quoi qu'en pussent raconter les gazettes et penser Marie-Thérèse, la vérité est que, cette mode, Marie-Antoinette n'avait fait que la suivre [627] et qu'elle s'était même efforcée parfois de la modérer [628]. De fait, le public ne se scandalisait pas tant que voulaient bien le dire les chroniqueurs, et dans un recueil de coiffures, publié un peu plus tard, on imprimait ces vers sous une jolie gravure qui représentait la Reine dans sa toilette du matin:
De la Reine, c'est la coiffure;
Sans doute elle est de très bon goût.
C'est bien d'adopter sa parure;
Prenez-la pour modèle en tout.
En imitant sa bienfaisance,