... «Gardez-vous, ma sœur, des propos contre le prochain, dont on fait tout l'amusement... Par des méchancetés dites sur le prochain...., on éloigne les honnêtes gens... Évitez, je vous en supplie, ces discours et surtout la curiosité de vouloir tout savoir...»
«De grâce, ménagez vos recommandations; c'est un point bien délicat. Vous pouvez faire les injustices les plus criantes sans y penser, et pour un, souvent, dont peu vous importe qu'on oblige, vous dégoûtez des honnêtes gens... Que votre crédit soit ménagé pour les grandes occasions, et, dans les petites, résistez courageusement aux sollicitations qu'on vous ferait, et enfin ne prenez avec chaleur parti pour personne....»
«La politesse et l'affabilité, ma chère sœur, ont des bornes, et elles ne sont d'une valeur qu'autant qu'on les partage et ménage à propos. Il faut bien de la distinction là-dessus et il faut penser à votre situation et à votre nation, qui est trop encline à se familiariser et à manger dans la main.»
Il ne seyait pas beaucoup, on en conviendra, à ce prince, qui venait de se poser en apôtre de la simplicité, de se plaindre de la familiarité de la nation française, de reprocher à la Reine son dédain de l'étiquette, et ses courses seule, en petite compagnie, sans l'appareil de sa dignité [1183], de même qu'il semblait étrange de voir l'Empereur philosophe recommander à sa sœur de se montrer «dévote et recueillie à l'Église», ajoutant que «le plus grand impie devrait l'être par politique». Il était mieux dans son rôle et plus dans le vrai, quand il signalait les inconvénients de la société des jeunes gens et du trop facile accueil fait aux étrangers, surtout aux Anglais, dont les usages et les mœurs étaient alors à la mode, au grand mécontentement du Roi [1184]:
«Cela doit choquer la nation, disait-il, cela fait le plus mauvais effet dans l'étranger.... On attribue cette facilité à de la coquetterie, qui veut plaire à tout le monde et courir après l'applaudissement de la foule, en manquant l'approbation des gens sensés, au sentiment desquels la foule revient pourtant toujours à la fin».
Il terminait enfin en ces termes:
«Entretenez l'union, l'amitié dans toute la famille; mais gardez-vous de la trop grande familiarité, et surtout de la séduction des étourdis qui veulent vous avoir pour compagne de leur vie et couvrir leurs folies de votre autorité. Telles sont les courses de chevaux, les fréquentes allures à Paris, les bals de l'Opéra, les chasses du bois de Boulogne, toutes ces parties fines dont le Roi n'est point et qui, de science certaine, ne lui font, et à juste titre, point de plaisir.»
«Pensez que vous êtes son épouse, que vous êtes Reine, et n'oubliez pas un tendre frère et ami, qui vous dit tout cela, éloigné de trois cents lieues, sans presque avoir d'espérance de vous revoir, mais qui vous aime et aimera toute la vie plus que soi-même.»
«Voilà les observations que j'ai faites. Vous êtes faite pour être heureuse, vertueuse et parfaite; mais il est temps et plus que temps de réfléchir et de poser un système qui soit soutenu. L'âge avance: vous n'avez plus l'excuse de l'enfance. Que deviendrez-vous si vous tardez plus longtemps? Une malheureuse femme et plus malheureuse princesse, et celui qui vous aime le plus dans toute la terre, vous lui percerez l'âme. C'est moi qui ne m'accoutumerai jamais à ne vous pas savoir heureuse [1185].»