—«Et que faisait la Reine, dans sa triste chambre?»

—«La Capet! Va, elle était bien penaude; elle raccommodait ses chausses pour ne pas marcher sur sa chrétienté.»

—«Comment était-elle couchée?»

—«Sur un lit de sangle, comme toi.»

—«Comment était-elle vêtue?»

—«Elle avait une robe noire, qui était toute déchirée; elle avait l'air d'une margot [1542]

Quel saisissant tableau dans sa brutalité réaliste!

Arrachée à la hâte de la Tour, Marie-Antoinette n'avait pu emporter que bien peu de vêtements. Dès le lendemain, elle en fit demander, et les municipaux du Temple transmirent à ceux de la Conciergerie une redingote et une jupe, deux paires de bas de filoselle, une paire de chaussettes, et un bas à tricoter, renfermé dans une corbeille et que la pauvre mère avait commencé pour son fils [1543]. Mme Élisabeth et sa nièce mirent dans le paquet tout ce qu'elles purent trouver de laine et de soie; elles savaient combien la Reine avait toujours aimé à s'occuper. Au temps de sa prospérité même, elle avait l'habitude de travailler sans cesse; à la Conciergerie ce devait être sa seule distraction. Mais cette distraction même lui fut refusée; l'espoir de la prisonnière et l'ingénieuse affection de sa belle-sœur furent trompées. On ne voulut pas remettre à la Reine les aiguilles à tricoter, dans la crainte, dirent les municipaux, qu'elle ne s'en servît pour attenter à ses jours [1544]. La pauvre femme fut réduite à ne rien faire, dans sa prison, que prier, méditer, songer au triste passé et au triste avenir. Son seul passe-temps était de regarder ses geôliers jouer aux cartes ou de lire quelques volumes que la compassion d'un garde plus humain ou le dévouement d'un serviteur fidèle, comme Hue ou Montjoye, réussissait à lui procurer, les voyages de Cook entre autres, et lorsqu'on lui demandait quels livres elle désirait: «Les aventures les plus épouvantables,» répondait-elle [1545].

En même temps qu'on refusait à la détenue de la Conciergerie des aiguilles, on enlevait aux prisonnières du Temple les tapisseries faites par la Reine et celles auxquelles elles travaillaient elles-mêmes, sous prétexte qu'il pouvait y avoir dans ces ouvrages des signes mystérieux et des moyens de correspondance [1546].