Un rire ivre et aigu, effroyable, hystérique, qui déchirait les nerfs, pénétrait par volées à travers le carreau brisé.
— C’est elle ! dit avec ennui Konovalov.
Pour le moment, je voyais seulement deux jambes, qui pendaient du trottoir dans l’espace vide devant nos fenêtres. Elles s’agitaient étrangement, frappant du talon contre le mur en brique du trou, comme si elles cherchaient un appui.
— Mais allons-nous-en ! bredouillait la voix de basse.
— Laisse-moi, ne me tire pas. Laisse-moi dire ce que j’ai sur le cœur. Sacha ! adieu !…
Suivaient d’impossibles injures.
M’étant approché de la fenêtre, j’aperçus Capitolina. Penchée en avant, les mains accrochées au trottoir, elle s’efforçait de regarder dans la cuisine ; ses cheveux épars couvraient ses épaules et sa poitrine. Le petit châle blanc était de travers, le corsage déchiré. Capitolina, affreusement ivre, se balançait de droite à gauche avec des hoquets, jurant, poussant des cris sauvages, tremblant de tout son corps, ébouriffée, le visage rouge inondé de larmes.
Sur elle se penchait une haute figure d’homme. Il s’appuyait d’une main à son épaule, de l’autre au mur de la maison, et criait sans discontinuer :
— Allons-nous-en !
— Sacha ! C’est toi qui m’as perdue… Comprends cela. Sois maudit, grand diable roux ! Que tu ne voies plus la lumière de Dieu ! J’espérais me… me rétablir… tu t’es moqué, brigand, tu t’es moqué de moi. Nous compterons plus tard : c’est bon !… Ah ! tu te caches, tu as honte, maudit !… Sacha, mon chéri !…