— Je ne veux pas aller au poste ! Sacha ! criait avec détresse Capitolina.
Sur le trottoir, des pas lourds résonnèrent, des sifflets, des sanglots sourds, des cris.
— Sacha ! Cher !…
Il semblait qu’on martyrisait quelqu’un sans pitié. Tout cela s’éloignait de nous, devenait indistinct, et disparut comme un cauchemar.
Abasourdis, écrasés par cette scène si rapide, Konovalov et moi regardions la rue à travers l’obscurité et ne pouvions revenir à nous après ces pleurs, ces cris, ces injures, ces commandements brusques et ces gémissements maladifs. Je me rappelais divers sons et j’avais peine à croire que je n’avais pas rêvé. Ce petit drame si affreux avait fini si vite !
— C’est tout !… dit simplement et avec humilité Konovalov, en écoutant le calme de la nuit sombre qui le regardait, sévère et silencieuse.
— Ce qu’elle m’a dit !… reprit-il avec étonnement après quelques secondes. Elle est au poste… ivre… avec ce grand diable. Comme elle a vite décidé !
Il soupira profondément, s’assit sur un sac, se prit la tête dans les mains, se balança et me dit à demi-voix :
— Raconte-moi, Maxime ; qu’est-ce qui s’est donc passé ? Je veux dire : quelle est ma part dans tout cela ?
Je lui dis que toute la faute était à lui. Il aurait dû savoir d’abord ce qu’il voulait et, dès le début de l’affaire, en présumer la fin probable. Il n’avait rien compris, rien prévu ; il était à blâmer en tout. J’étais irrité contre lui, les gémissements et les cris de Capitolina, les « allons-nous-en » ivres, tout cela était dans mes oreilles et je n’avais aucune compassion pour mon camarade.