Il m’écoutait, tête baissée, et, quand j’eus fini, il se redressa et sur son visage je lus l’épouvante et l’étonnement.

— En voilà une histoire ! s’écria-t-il. C’est superbe ! Ah ! comment ? Que faire maintenant avec elle ?

Son accent était si naïf, si pénétré de la conviction de sa faute envers cette jeune femme et d’incertitude douloureuse, que j’eus pitié de lui. Je me dis que j’avais peut-être été trop dur et rigide envers lui.

— Et pourquoi seulement ne l’ai-je pas laissée où elle était ? disait avec repentir Konovalov. Ah ! Dieu, ce qu’elle m’a dit !… Voilà, je vais aller là-bas au poste, j’intercéderai. Je la verrai… et tout, enfin ! Je lui dirai quelque chose. Faut-il que j’aille ?

Je lui fis remarquer que rien de bon ne résulterait de cette entrevue. Que pourrait-il lui dire ? En outre, elle était ivre et probablement dormait déjà.

Mais il s’obstinait dans son idée.

— J’irai, attends. Car enfin je lui veux du bien… Quelles espèces de gens sont avec elle ? J’irai. Toi, reste ici… je reviens bientôt.

Et, s’étant coiffé de son bonnet, les pieds nus dans les grandes bottes dont il était si fier d’habitude, il sortit rapidement de la cuisine.

Je finis mon travail et me couchai. Quand, le matin, je regardai machinalement la place où dormait Konovalov, il n’y était pas encore.

Il ne fit son apparition que le soir, sombre, ébouriffé, des rides profondes au front et comme un brouillard dans ses yeux bleus. Sans me regarder, il s’approcha des coffres, s’assura de ce que j’avais fait et se coucha par terre en silence.