Il fit un geste résolu de la main.

— C’est toi qui as rompu ?

— Moi ? non… elle a rompu elle-même.

— Comment ?

— C’est tout simple. Elle a repris son ancienne occupation. Tout est comme par le passé. Seulement, avant, elle ne s’enivrait pas, et maintenant elle s’enivre… Sors les pains. Je vais dormir.

Tout redevint silencieux dans la cuisine. La lampe fumait, la croûte des pains sur les rayons crépitait en séchant. Dans la rue, devant nos fenêtres, les gardiens de nuit causaient. Et un bruit étrange arrivait encore : c’était comme le grincement d’un volet ou le gémissement d’une personne.

Je retirai les pains et me couchai ; mais je ne pus m’endormir, et restai les yeux mi-clos à écouter les bruits de la nuit. Tout à coup je vis Konovalov se lever silencieusement ; il prit sur une planche le livre de Kostomarov et l’approcha de ses yeux. Je voyais distinctement son visage préoccupé, je le voyais promener son doigt sur les lignes, hocher la tête, tourner les pages, les regarder fixement, puis me regarder, moi. Quelque-chose d’étrange, de tendu et d’interrogateur émanait de ses traits préoccupés et maigris, nouveaux pour moi. Il me regarda longtemps.

Je n’y pus tenir, et lui demandai ce qu’il faisait.

— Je pensais que tu dormais, répondit-il avec trouble. Puis, le livre à la main, il s’assit à côté de moi et se mit à parler en hésitant. — Je voulais te demander : n’y aurait-il pas un livre sur l’ordre dans la vie ? c’est-à-dire des indications… comment il faut faire ? Il faudrait qu’on expliquât les actions, lesquelles sont mauvaises et lesquelles sont inoffensives… Moi, vois-tu, je suis troublé par mes actions… Celles qui me paraissaient bonnes deviennent tout à coup mauvaises. Comme, par exemple, cette affaire de Capa. — Il respira profondément et continua avec force son interrogation : Ainsi, cherche un peu, s’il n’y aurait pas un livre sur les actions ? Et tu me le liras.

Il y eut quelques minutes de silence.