— Ne trépigne donc pas… de joie ! Conduis-le à ta hutte et régale-le.
Il l’observa : sur ses lèvres errait un sourire narquois qu’il connaissait bien, et toute sa personne, ronde, molle et fraîche comme toujours, lui était en même temps étrangère et nouvelle. Malva promenait le regard de ses yeux verts du père au fils et grignotait des graines de pastèques avec ses dents petites et blanches. Iakov souriait aussi et, pendant quelques secondes qui furent pénibles à Vassili, tous trois se turent.
— Je reviens à l’instant ! — dit tout à coup Vassili en se dirigeant vers la cabane, — ne restez pas là au soleil ; moi, je vais chercher de l’eau… Nous cuirons la soupe. Je t’en ferai manger, une soupe de poisson, Iakov ! Vous autres, arrangez-vous, je suis à vous dans une minute…
Il saisit une marmite qui était par terre près de la cabane, s’enfonça rapidement derrière les filets, qui le dissimulèrent de leur masse grise.
Malva et le gars le suivirent.
— Eh bien ! mon beau jeune homme, je t’ai amené à ton père, dit Malva louchant vers la robuste personne d’Iakov.
Il abaissa vers elle son visage encadré d’une barbe blonde frisée et dit, les veux brillants :
— Oui, nous voilà !… Il fait bon ici… Quelle mer !
— La mer est large. Le vieux a-t-il beaucoup changé ?
— Mais non, non… Je pensais qu’il était plus blanc, et il n’a encore que peu de cheveux gris… Et il est… si solide !