Le bateau se balançait sur l’eau joyeuse ; du bois grinçait lamentablement on ne savait où, la pluie tombait mollement sur le pont, les vagues frappaient les flancs… Tout était triste et résonnait comme le chant berceur d’une mère qui n’a plus d’espoir dans le bonheur de son fils.
Tchelkache, les dents découvertes, souleva la tête, regarda autour de lui… et, après avoir murmuré quelques mots, se recoucha… Ses jambes ouvertes le faisaient ressembler à d’immenses ciseaux.
Il se réveilla le premier, eut un mouvement d’inquiétude, puis se tranquillisa subitement et regarda Gavrilo qui dormait encore. Le gars ronflait et, dans son sommeil, souriait à quelque chose, de toute sa face enfantine et hâlée.
Tchelkache soupira et grimpa le long d’une étroite échelle de cordes. Dans l’ouverture de la trappe s’encadrait un morceau de ciel plombé. Il faisait clair, mais le temps d’automne était lugubre et gris.
Tchelkache reparut après deux heures d’absence. Son visage était rouge, sa moustache crânement retroussée ; sur ses lèvres rayonnait un sourire gai et bon enfant. Il était chaussé de hautes bottes solides, vêtu d’une jaquette, d’un pantalon de cuir, et ressemblait à un chasseur. Tout le costume, un peu râpé, mais en bon état encore et lui allant bien, le faisait paraître plus large, dissimulait ce qu’il avait de trop anguleux et lui donnait un air martial.
— Eh ! petit veau, lève-toi ! dit-il en poussant Gavrilo du pied.
Celui-ci sursauta et, ne le reconnaissant pas de prime abord, fixa sur lui des yeux ternes. Tchelkache éclata de rire.
— Comme tu es fait !… s’écria enfin Gavrilo avec un large sourire. Tu es devenu un monsieur !
— Ça se fait vite chez nous ! Quel poltron tu es ! Aïe, aïe ! Combien de fois t’es-tu préparé à mourir, dans la nuit d’hier, hein ? Dis…