Ils se remirent en bateau, Tchelkache au gouvernail, Gavrilo aux rames.
Le ciel gris est tout tendu de nuages ; la mer, d’un vert trouble, joue avec leur embarcation, la fait sauter sur ses vagues encore petites, qui jettent dedans des gouttes claires et salées. Devant la proue du bateau, très loin, apparaît la ligne jaune de la plage sablonneuse ; derrière la quille, est la libre et joueuse mer, toute creusée par des troupeaux de vagues qui courent, déjà parées de leur superbe frange d’écume. Au loin, il y a des vaisseaux qui se balancent sur le sein de la mer et, à gauche, toute une forêt de mâts et les masses blanches des maisons de la ville. De là coule sur la mer un bruit sourd, qui roule avec le bruit des vagues et crie une musique belle et retentissante… Et sur tout cela s’étend un mince voile de brouillard qui éloigne les objets les uns des autres.
— Eh ! il y aura une belle danse ce soir ! fit Tchelkache en indiquant la mer d’un mouvement de la tête.
— Une tempête ? demanda Gavrilo. Il labourait puissamment la mer avec ses rames. Il était trempé de la tête aux pieds par les gouttes que le vent chassait.
— Éhé ! affirma Tchelkache.
Gavrilo le regarda avec curiosité.
— Combien t’a-t-on donné ? demanda-t-il enfin, voyant que Tchelkache ne se disposait pas à parler.
— Voilà ! dit Tchelkache. Il tendit à Gavrilo quelque chose qu’il tira de sa poche.
Gavrilo vit des billets multicolores, et tout revêtit à ses yeux les couleurs de l’arc-en-ciel.
— Eh !… Et moi qui pensais que tu te vantais ! Combien ?