Vraiment ! dit Vassili à Malva.

Elle se tut. Le regard bleu d’Iakov errait sur le lointain de la mer. Longtemps tous trois regardèrent, pensifs, s’anéantir les dernières minutes de cette journée. La braise mourait sous la bouilloire de fer. La nuit déroulait déjà ses ombres sur le ciel. Le sable jaune devenait sombre, les mouettes avaient disparu. Tout devenait paisible, rêveur et charmant. Et, même les infatigables vagues, qui accouraient vers le sable, sonnaient moins haut et moins gai que de jour.

— Pourquoi suis-je encore ici ? dit Malva. Il faut que je m’en aille.

Vassili s’agita et regarda son fils.

— Qu’as-tu à te presser ? demanda-t-il, mécontent. Attends, la lune va se lever…

— Qu’ai-je besoin de lune ? je n’ai pas peur… Ce n’est pas la première fois que je pars d’ici la nuit.

Iakov regarda le père et, pour cacher l’ironie de ses yeux, il les ferma ; puis il regarda Malva : elle aussi l’observait. Il se sentit mal à l’aise.

— C’est bon, va !… dit le vieux avec mauvaise humeur.

Elle se redressa, prit congé et s’en alla lentement le long de la côte. Les vagues qui venaient rouler à ses pieds avaient l’air de vouloir jouer avec elle. Sur le ciel s’allumaient en tremblant les étoiles, ses fleurs d’or. La blouse claire de Malva, tandis qu’elle s’éloignait de Vassili et de son fils, paraissait déteindre au crépuscule.

« Mon aimé… arrive vite