— Et pour le péché.
Iakov, quand leur conversation fut arrêtée, dit avec un soupir songeur :
— On dirait qu’il n’y a pas de bornes à cette mer.
Tous trois regardèrent devant eux l’étendue déserte.
— Ah ! si tout cela était de la terre ! s’écria le gars en étendant les bras, de la terre noire… et si on pouvait la labourer !
— A la bonne heure ! dit le père avec bonhomie.
Il approuva d’un geste son fils, rouge du désir ardent qu’il venait d’exprimer. Il lui était doux d’entendre, dans les paroles de celui-ci, l’amour de la terre, et il songea que peut-être cet amour rappellerait impérieusement Iakov au village, loin des tentations. Lui, resterait avec Malva et tout irait comme par le passé.
— Oui, Iakov, tu as bien parlé. C’est ainsi qu’un paysan doit penser. Le paysan n’est fort que par la terre : tant qu’il a de la terre, il vit ; mais, s’il s’arrache d’elle, c’est fini de lui. Le paysan sans terre est comme l’arbre sans racines ; on peut en faire toutes sortes de choses, seulement il ne vit plus… il pourrit. Et il n’a plus cette beauté des bois ; il est taillé, coupé ; il n’a plus d’apparence. Oui, Iakov, tu as dit là de vraies paroles.
Et la mer, recevant le soleil dans ses entrailles, l’accueillait avec la musique de bienvenue des vagues parées par lui de teintes somptueuses.
— Il me semble que mon âme fond quand je vois le soleil se coucher…