— On est comme dans une prison étroite et sombre, dit Malva sarcastique. Et surtout la vie des femmes n’y est que larmes.
— La vie des femmes est la même partout, et la lumière est partout la même, et le soleil… dit Vassili en se renfrognant.
— Ça, c’est toi qui le dis ! s’écria vivement Malva. Au village, que je le veuille ou non, je dois me marier. Et une femme mariée est une éternelle esclave. Il faut qu’elle tisse, qu’elle file, qu’elle soigne le bétail, qu’elle mette au monde des enfants. Que lui reste-t-il pour elle-même ? Les coups et les injures de son mari.
— Il n’y a pas que des coups, interrompit Vassili.
— Tandis que moi, ici, continua-t-elle sans l’écouter, je ne suis à personne. Je suis libre comme une mouette ! Je vole où il me plaît. Personne ne peut me barrer le chemin et personne ne peut me toucher.
— Et si on te touchait ? dit, en s’amusant de l’allusion, Vassili.
— Alors, on me le paierait, dit-elle doucement, et ses yeux ardents s’éteignirent.
Vassili eut un rire d’indulgence.
— Ah ! toi, tu es hardie et faible ! Tu dis des paroles de femme. Au village, la femme est un être nécessaire à la vie, tandis qu’ici, elle est pour le plaisir.
Et, après un silence, il ajouta :