Le soleil teignait déjà la mer des vives couleurs du couchant et les vagues verdâtres, sous la magie de ses rayons, s’étaient vêtues de pourpre et de rose tendre.

Vassili, tout en prenant son thé dans un gobelet de faïence blanche, interrogeait son fils sur la campagne et racontait ses souvenirs. Malva, sans se mêler à la conversation, écoutait leurs discours lentement déroulés.

— Ils vivent pourtant, les paysans ?

— Mais oui, ils vivent… comme ils peuvent ! répondait Iakov.

— Nous n’avons pas besoin de grand’chose, nous autres paysans. Une isba, du pain à volonté et, les jours de fête, un verre d’eau-de-vie… Oui ! Mais nous n’avons même pas cela… Est-ce que je serais parti, moi, si j’avais pu vivre à la maison ? Au village, je suis mon propre maître, l’égal de tous : et ici je suis un serviteur.

— Mais, par contre, ici on a moins souvent faim et l’ouvrage est moins dur.

— Ne dis pas cela. Il arrive aussi que les os vous font mal comme si on les écrasait… Et puis ici on travaille pour les autres et là pour soi.

— Et ici on gagne plus ! riposta tranquillement Iakov.

En lui-même, Vassili admettait la justesse des arguments de son fils. Au village, la vie était plus rude qu’ici, c’est évident ; mais il lui déplaisait qu’Iakov s’en aperçût. Et il dit avec sévérité :

— As-tu compté ce qu’on gagne ici ? Au village…