— Comment ? dis.

— Tu verras ! répondit Malva tranquillement, très tranquillement, mais ses lèvres frémirent.

— Ah ! ma chérie ! s’écria Vassili ; puis il la serra fortement dans ses bras d’amoureux. Et, sais-tu ? depuis que je t’ai battue, je t’aime davantage, tu m’es plus chère… Vraiment ! plus à moi…

Les mouettes volaient autour d’eux. La brise de la mer apportait à leurs pieds les éclats des vagues et l’infatigable rire des flots avait un son apaisant.

— Ah ! la vie, la vie !… (Vassili caressa d’un air rêveur la jeune femme qui s’abandonnait à lui.) C’est ainsi que va le monde : ce qui est défendu est doux… Toi, tu ne sais pas ; mais il m’arrive de songer à la vie, et d’avoir peur. Surtout la nuit, quand je ne peux pas dormir… Devant moi est la mer, au-dessus de moi le ciel, et tout autour il fait si noir, si effrayant ! Et je suis seul. Et alors je me sens devenir si petit, si petit, et il me semble que la terre s’agite sous moi, et qu’il n’y a personne sur la terre, sauf moi ! Si je t’avais, toi, dans ces moments-là… au moins nous serions deux.

Malva, les yeux clos, était couchée sur les genoux de Vassili et se taisait. Le visage un peu rude mais bon, du paysan, tanné par le vent et le soleil se penchait vers elle, et la grande barbe décolorée lui chatouillait le cou. La jeune femme ne bougeait pas ; seulement, sa poitrine s’élevait haut et régulièrement. Les yeux de Vassili tantôt erraient sur la mer, tantôt s’arrêtaient sur cette poitrine, si proche de lui. Et il disait à Malva comme il s’ennuyait de vivre seul, et comme étaient douloureuses les nuits sans sommeil, remplies de pensées sombres sur la vie. Puis il lui baisa la bouche, sans hâte, et avec le bruit qu’il aurait fait en mangeant une bouillie chaude et grasse.

Ils restèrent là trois heures peut-être, et quand le soleil s’inclina sur la mer, Vassili dit d’une voix ennuyée :

— Il faut que j’aille faire bouillir le thé… notre hôte va bientôt se réveiller.

Malva s’écarta avec le geste indolent d’une chatte langoureuse, et lui se leva à regret et s’en alla vers la cabane. Entre ses cils à peine écartés, la jeune femme le vit s’éloigner et soupira comme soupirent les gens qui ont porté un poids trop lourd.

Une heure encore s’écoula ; tous trois étaient réunis autour du feu et prenaient le thé en causant.