— Quel esturgeon blanc tu fais ! s’écria-t-il avec admiration, après une enquête minutieuse.

— Ce n’est pas pour toi… dit-elle sans bouger et sans modifier sa tenue indiscrète.

Iakov soupira.

Devant eux s’étendait, aux rayons du soleil matinal, la mer illimitée. Les petites vagues joueuses, nées du souffle du vent, se heurtaient doucement contre la barque. Au loin, dans la mer, comme une cicatrice sur sa poitrine satinée, était le cap. Et de là, pointait sur le fond tendre du ciel bleu un mât svelte et mince, et l’on pouvait voir au bout s’agiter un haillon rouge.

— Oui, petit garçon, commença Malva, sans regarder Iakov, je suis appétissante, mais ça n’est pas pour toi… et personne ne m’a achetée et je ne suis pas la chose de ton père. Je vis pour moi-même… Mais ne cours pas après moi, parce que je ne veux pas me mettre entre toi et Vassili… Je ne veux ni querelles, ni brouille d’aucune sorte… Tu as compris ?

— Mais qu’est-ce que je t’ai fait ? demanda Iakov surpris. Je ne te touche pas, je ne te fais rien.

— Tu n’oses pas me toucher ! dit Malva.

Elle parlait avec un tel dédain que l’homme et le mâle se révoltèrent en lui. Un sentiment de défi presque méchant le saisit et ses yeux brillèrent.

— Ah ! je n’ose pas ! s’écria-t-il en se rapprochant d’elle.

— Non, tu n’oses pas.