— Vous vous êtes baladés !… C’est bon !
— Allez tous au diable ! cria Malva.
Iakov s’était campé devant Serejka et le dévisageait. Ils étaient à dix pas l’un de l’autre. Serejka regardait Iakov dans le blanc des yeux. Ils restèrent ainsi, une minute peut-être, comme deux béliers prêts à fondre l’un sur l’autre, puis s’en allèrent sans mot dire, chacun de son côté.
La mer était calme et rouge du soleil couchant. Sur la pêcherie planait un bruit sourd ; une voix ivre de femme chantait, en clameurs d’hystérie, des paroles dénuées de sens :
« Ta-agarga, matagarga,
Matanitchka à moi,
Ivre et battue,
Et échevelée… »
Et ces paroles, dégoûtantes, comme des cloportes, couraient dans toutes les directions parmi les baraques d’où s’exhalait une odeur de sel et de poisson pourri ; elles couraient et offensaient la musique délicieuse des vagues qui flottait dans l’air.