— Vile ? Eh ! mangeurs de terre aux faces camuses ! Vous ne comprenez rien à la vie. Il ne vous faut chez une femme que de gros tétons, et son caractère ne vous fait rien. Et c’est dans le caractère qu’est toute la couleur d’un être humain. Une femme sans caractère, c’est du pain sans sel. Peux-tu tirer du plaisir d’une balalaïka sans corde ? Chien !
— C’est le vin d’hier qui te fait parler ainsi ! lança Vassili.
Il avait grande envie de demander où et comment Serejka avait vu Malva et Iakov la veille, mais une honte le retenait.
Dans la cabane, il versa à Serejka tout un verre d’eau-de-vie pure, dans l’espoir que le drôle en serait gris et lui raconterait tout, de lui-même, sans attendre de questions.
Mais Serejka but, toussa et, rasséréné, s’assit à la porte, s’étirant et bâillant.
— Boire, c’est comme si l’on avalait du feu, dit-il.
— Il faut dire que tu sais boire ! répliqua Vassili, frappé de la rapidité avec laquelle Serejka avait avalé l’eau-de-vie.
— Ah ! oui, dit l’autre en secouant sa tête fauve.
Il s’essuya de la main les moustaches et se mit à parler d’un air crâne et doctoral : — Je sais boire, frère. Je fais tout vite et droit, et voilà tout ! Sans crochets… Marche droit et voilà tout !… Et où j’arriverai, n’importe ! De la terre on ne peut retomber que sur la terre…
— Tu voulais aller au Caucase ? demanda Vassili qui manœuvrait avec précaution vers son but.