— Et j’irai quand je le voudrai. Quand je le voudrai tout à fait… Je vais tout droit : une, deux ! et ça y est. Ça réussit à mon gré, ou j’ai une bosse au front… C’est simple.
— Très simple. C’est à peu près comme si tu n’avais pas de cervelle.
Serejka reprit d’un ton moqueur :
— Et toi, tu es si intelligent !… Combien de fois t’a-t-on fouetté de verges au village ?
Vassili le regarda et se tut.
— Bien souvent, à ce qu’il paraît… Et c’est très bien que vos autorités vous poussent l’esprit de bas en haut… Eh ! toi ! Que peux-tu faire avec ta cervelle ? Où iras-tu ? Que peux-tu inventer ? Dis. Au lieu que moi, sans m’embarrasser de rien, je vais tout droit, et voilà tout. Et sûrement j’irai plus loin que toi.
— Ça, c’est possible, confirma Vassili. Peut-être iras-tu jusqu’en Sibérie…
— Aïe ! aïe !
Et Serejka éclata d’un rire sincère.
Il ne perdait pas la tête, en dépit de l’espoir de Vassili, que cela fâchait. Le vieux ne voulait pas lui donner un second verre, mais Serejka le tira lui-même d’embarras.