— Il brûle comme un feu clair ! dit-elle avec entrain.

— Est-ce possible ? Lance-le sur son père. Vrai ! Ce sera drôle. Ils s’empoigneront comme deux ours… Chauffe un peu le vieux, et celui-là encore… Et puis nous les lâcherons l’un contre l’autre.

Malva regardait attentivement son visage taché de roux, qui souriait gaiement. Éclairé par la lune, il paraissait moins bariolé que de jour, à la clarté du soleil. Il n’exprimait ni haine, ni rien, sauf de la bonhomie et de l’animation, dans l’attente d’une réponse.

— Pourquoi les détestes-tu ? demanda Malva, soupçonneuse.

— Moi ?… Vassili, c’est un brave paysan. Mais Iakov ne vaut rien. En général, vois-tu, je n’aime pas les paysans ; ce sont tous des coquins. Ils savent affecter d’être malheureux, se font donner du pain et tout. Or, ils ont une Municipalité qui s’occupe d’eux. Ils ont de la terre et du bétail. J’ai été cocher d’un médecin municipal : alors je les ai vus, les paysans ! Puis, j’ai longtemps été chemineau. Quand j’arrivais dans un village et que je demandais du pain : « Oh ! oh ! qui es-tu ? que fais-tu ? donne ton passeport… » On m’a battu plus d’une fois, tantôt parce qu’on me prenait pour un voleur de chevaux, tantôt sans raison aucune. On m’a mis en prison… Ils gémissent et feignent de ne pouvoir vivre, bien qu’ils aient une attache à la terre. Et moi, que suis-je contre eux ?

— N’es-tu pas un paysan ?

— Je suis citadin, dit avec quelque orgueil Serejka, citadin de la ville d’Ouglitch.

— Et moi de Pavlicha, dit Malva, songeuse.

— Je n’ai personne pour me protéger. Et les paysans, que diable, ils peuvent vivre ! Ils ont une Municipalité et tout.

— Qu’est-ce que la Municipalité ? demanda Malva.