— Et moi, j’ai toujours envie de quelque chose, dit Malva. Je veux… quoi ? je ne sais pas. Parfois je voudrais sauter dans un bateau et aller dans la mer, loin, loin. Et d’autres fois, j’aurais voulu faire de tous les hommes des toupies qui tourneraient, tourneraient devant moi. Je les regarderais et je rirais. Tantôt j’ai pitié de tout le monde, et surtout de moi-même ; tantôt je voudrais tuer tout le monde, et puis moi-même… d’une mort horrible. Et je m’ennuie, et puis je voudrais rire, et tous les hommes sont des bûches !
— Du bois pourri, consentit Serejka doucement, je me disais bien : « Toi, tu n’es ni chat, ni poisson, ni oiseau… Et tu as de tout cela en toi. Tu ne ressembles pas aux autres femmes… »
— Et, Dieu merci ! pour cela au moins, dit Malva avec un sourire.
A leur gauche, derrière une chaîne de collines sablonneuses, apparut la lune, les inondant de sa lueur d’argent. Large et douce, elle montait lentement sur le ciel bleu, et la lumière brillante des étoiles pâlissait et fondait à sa clarté égale et rêveuse.
— Tu penses trop, voilà ce que c’est ! dit avec conviction Serejka, jetant sa cigarette en l’air. Et quand on pense, on se dégoûte de vivre… Il faut toujours être en action, il faut toujours que les gens tournent autour de vous… et qu’ils sentent que vous vivez. Il faut battre la vie pour qu’elle ne moisisse pas. Agite-toi en elle, de ci, de là, tant que tu en auras la force, et alors tu ne t’ennuieras pas.
Malva s’égaya.
— C’est peut-être vrai, ce que tu dis là. Il me semble parfois que si on mettait le feu, la nuit, à une des baraques… ça ferait une danse !
— A la bonne heure ! s’écria l’autre avec enthousiasme, et il lui tapa sur l’épaule. Sais-tu ce que je te conseillerais… nous pourrions faire quelque chose de drôle, veux-tu ?
— Qu’est-ce ? demanda Malva avec animation.
— As-tu bien chauffé Iakov ?