— Je n’irai pas au village… je passerai l’hiver ici, dit Iakov sans faire attention à ces cris, mais en guettant toujours les mouvements de son père. On est mieux ici. Je comprends cela… je ne suis pas un imbécile. Ici le travail est moins dur, et la liberté plus grande… Là tu serais toujours à me commander, et ici, essaye un peu !

Il fit la nique à son père et se mit à rire, doucement, mais de telle manière que Vassili, de nouveau en fureur, sauta sur ses pieds et, saisissant une rame, bondit en vociférant :

— A ton père ?… Ah ! je te tuerai !

Mais quand, fou de rage, il atteignit la barque, Iakov était déjà loin. Il courait, et la manche arrachée de sa blouse flottait dans l’air derrière lui.

Vassili jeta la rame contre son fils, mais sans le toucher. A bout de force, il s’effondra dans le bateau et gratta le bois avec ses ongles, tandis que l’autre lui criait de loin :

— Comment n’as-tu pas honte ? Tu es vieux déjà… te mettre dans un pareil état pour une femme. Eh ! je ne retournerai pas au village…, non, je n’y retournerai pas. Vas-y toi-même… Tu n’as rien à faire ici.

— Iakov, tais-toi ! ordonna Vassili, et son hurlement couvrit la voix d’Iakov. Je te tuerai… Va-t’en !

Mais Iakov marchait maintenant et riait.

Vassili le regardait avec des yeux fous. Le voilà qui diminuait, ses jambes semblaient s’enfoncer dans le sable… il y disparaissait jusqu’à mi-corps… jusqu’aux épaules… la tête aussi… On ne le voyait plus. Mais, un instant après, à quelque distance de l’endroit où il avait disparu, de nouveau se montrèrent la tête, puis les épaules, puis toute la personne d’Iakov… Il était plus petit… Il se retournait et disait quelque chose…

— Maudit, maudit sois-tu ! répondait Vassili.