Serizier ne cesse de protester contre l’accusation d’avoir ordonné la fusillade.
Quand l’heure sonne pour lui de partir pour Satory, il adresse à sa femme une protestation suprême.[74]
Ma chère bien aimée,
Je désire que cette lettre soit publiée après ma mort, afin qu’elle puisse rectifier les erreurs que mon jugement pourrait laisser dans l’opinion, et pour que l’on sache bien que je ne suis pour rien dans l’exécution des Dominicains, et que je ne suis frappé que comme l’homme du peuple assez intelligent et assez courageux pour lutter contre tout ce qui opprime le travailleur. Ainsi que je l’ai dit dans mon jugement, je n’ai su l’arrivée des Dominicains dans le quartier que lorsque les faits étaient accomplis; je n’ai donc jamais donné les ordres les concernant.
Dans toute cette affaire, je me suis conduit, comme toujours, avec loyauté, et je n’ai jamais dit, ni jamais pu dire que ce que j’ai prononcé en conseil de guerre: ignorant tout, je n’ai rien pu dire, ni avant ni après.
Je meurs pour la cause du peuple, pour laquelle j’ai combattu. Je lègue mon souvenir au peuple et désire que tous les hommes de cœur fassent leur devoir jusqu’au bout comme je l’ai fait, sans haine, sans ambition personnelle, et les mains pures de tout crime...
Serizier.
témoignages
Dans la lettre que Léo Melliet adressait de Glascow à l’avocat de Lucipia, Me Renoult, il est fait allusion à l’arrestation, le 19 mars 1871, du général Chanzy et du général de Langourian.
Quand Léo Melliet mourut, en mars 1909, M. Gaudin de Villaine, sénateur de la Manche, qui fut arrêté en même temps que les deux généraux, prit la parole pour rappeler les faits, et rendre justice à ceux qui les avaient sauvés de la fureur de la foule. Parmi ces sauveurs: Léo Melliet et Serizier.