Lui seul.
Les autres, ceux qui ont été condamnés avec lui par le conseil de guerre de février 1872, sont des comparses.
Serizier, chef du fameux 101e bataillon, puis colonel de la 13e légion, était, sous l’Empire un militant connu. Avec Duval, Léo Melliet, Chardon, Passedouet, Lucipia, d’autres, il menait le rude combat contre le régime impérial. Il doit, avant le 4 Septembre, se mettre à l’abri en Belgique. Rentré à Paris après la proclamation de la République, il se mêle au mouvement révolutionnaire, paraît au 31 octobre. Le 22 janvier est son triomphe. On le voit, à la tête du 101e, faire le coup de feu sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Le 18 Mars le met en pleine lumière. Son 101e est cité comme le plus ardent des bataillons fédérés. Il est partout où on se bat. Rossel fait de Serizier le chef de la 13e légion.
Ouvrier corroyeur de son métier, Serizier est un homme trapu, à la face énergique, sur laquelle brillent et roulent perpétuellement de gros yeux. La mâchoire carrée est forte. Sur la lèvre une moustache tombante, épaisse, que complète une impériale. Ceux qui ont connu Serizier me l’ont dépeint comme un hâbleur qui ne manquait pas cependant de bravoure. Orgueilleux de ses galons et de son autorité, il se fait photographier en costume de colonel, revolver dans la ceinture, képi sur l’oreille, le bras droit appuyé sur le sabre nu, la pointe fichée au parquet. Il aime à parader ainsi, effrayant les timides. Il est heureux de la terreur qu’il inspire, et qui, la défaite arrivée, le livrera aux vengeances des dénonciateurs.
Serizier peut ne pas avoir paru sur le théâtre du meurtre. C’est lui qu’on accusera.
La légende s’établit. Elle devait le conduire à Satory.
protestation suprême
Rien n’est moins sûr cependant que la participation de Serizier au meurtre de l’avenue d’Italie.
Léo Melliet, ce même jour où, à la Chambre, je lui rappelais notre rencontre au pont d’Arcole, m’a affirmé que Serizier n’avait été vu nulle part pendant la lutte autour de la Butte-aux-Cailles. Quelques-uns même, surpris de ne le point voir, disaient qu’il avait fui vers les Versaillais.
Il fut reconnu, lors de l’instruction du procès en conseil de guerre, par plusieurs témoins, entre autres le Père Grandcollas. Mais quand vint l’audience, le Père Grandcollas se rétracta. Il ne le reconnaissait plus.