Arrêté dans la matinée du 19 mars 1871—écrit M. Gaudin de Villaine—aux fortifications de Paris, près la gare d’Orléans, avec le général de Langourian, traînés de là, et à travers les faubourgs déjà en insurrection, jusqu’à la prison du secteur de l’avenue d’Italie, nous y retrouvâmes le général Chanzy et d’autres prisonniers...
Enfin vers quatre heures du soir—notre calvaire durant toujours—abandonnés par la compagnie du 101e bataillon fédéré, chargée de nous conduire à la Santé, nous étions, les généraux Chanzy et de Langourian, le capitaine de Nagelles et moi, livrés sans défense aux fureurs aveugles et imbéciles d’une foule en délire...
Bousculés, frappés à terre, relevés à coups de crosse, puis renversés de nouveau, nos uniformes en lambeaux, couverts de sang, nous nous attendions à un dénouement tragique, tandis qu’une partie de la foule proposait de nous fusiller et que l’autre préférait nous pendre aux réverbères voisins...
Cette scène odieuse qui avait pour théâtre la place d’Italie, durait depuis près de deux heures, lorsque quelques hommes énergiques, se faisant jour parmi les plus forcenés, vinrent nous dégager.
En tête, marchaient MM. Léo Melliet, maire du treizième arrondissement; Combes, adjoint, et Serizier, commandant du 101e bataillon: celui-là même qui, quelques semaines plus tard, présidait au massacre des Dominicains d’Arcueil!
Protégés par eux, tant bien que mal, et par quelques gardes municipaux, nous fûmes poussés jusqu’au seuil de la prison de la Santé, et là, aussitôt incarcérés et mis au secret.[75]
Quand se déroula devant le conseil de guerre, en février 1872, le procès des accusés de l’affaire des Dominicains, le général Chanzy vint déposer (audience du 14 février).
—J’estime—dit Chanzy—que nous devons certainement la vie aux officiers de la garde nationale, et surtout à Serizier.
Moreau le Dominicain
Il est un homme dont on a fort peu parlé au conseil de guerre qui condamna à mort Serizier, et, avec lui, Boin, qui avait été gardien de la prison de l’avenue d’Italie.