Si mes souvenirs sont fidèles, c’est bien lui qui avait fait arrêter les Dominicains, ses hommes les ayant surpris, racontait-il, à faire des signaux aux Versaillais.

C’est Moreau—toujours d’après ce qu’il me raconta—qui fit fusiller et fusilla les Dominicains, malgré Serizier, malgré Léo Melliet.

Il menaça même Melliet de le mettre au mur, s’il s’opposait à la livraison des Dominicains. Et quand les prisonniers furent transportés avenue d’Italie, Moreau racontait ceci:

—Je les faisais sortir un par un, en leur disant: «Vous réclamez le paradis. Nous allons vous y envoyer.»

Et Montels ajoute:

N’ayant pas assisté à cette exécution, je ne puis que raconter ce qui m’a été dit, sans pouvoir autrement préciser.

Ce qu’il y a de certain, c’est que Moreau fut l’objet d’une demande d’extradition pour l’affaire d’Arcueil. L’affaire nous sembla tellement grave, que nous le fîmes filer sur Neuchâtel, où, lesté par Beslay, il partit pour Londres.

C’est à Londres que Moreau, qui avait raconté son rôle dans le meurtre de l’avenue d’Italie, reçut le surnom de Moreau le Dominicain.

Moreau présida-t-il au meurtre?

Fut-il seulement l’un des meurtriers?