Tout ce que nous tenons à faire remarquer, c’est qu’il nie—et il doit s’y connaître—la participation, à ce même meurtre, de Serizier.

Lucipia

Lucipia fut, avec Serizier, Boin, Boudaille et Pascal, condamné à mort par le conseil de guerre.

Lucipia eut beau protester contre l’accusation, répéter ce que Léo Melliet avait écrit à Me Renoult, démontrer qu’il s’était borné à interroger les Dominicains amenés au fort de Bicêtre.

Il fut condamné.

Plus tard, la peine capitale qui l’avait frappé fut commuée en celle des travaux forcés à perpétuité.

Lucipia était pour moi un vieux, très vieux camarade. Nous avions été ensemble sur les bancs du lycée, à Nantes. Nous faisions, au quartier latin, partie de la même bande. Sous le siège, il avait été du génie de la garde nationale. Il en avait gardé le costume sous la Commune. En képi de simple garde, vareuse sans galons et ceinture rouge passée sous le gilet, il allait du Cri du Peuple, auquel il collaborait, à l’Hôtel de Ville, où il remplissait je ne sais plus quelle fonction. Secrétaire du Comité du Salut Public, je crois. L’un des secrétaires. Un jour que j’étais à l’Hôtel de Ville, je me trouvai en face de Lucipia, assis devant un bureau chargé de papiers, installé dans le petit appartement bouton d’or, qui, racontait-on, avait abrité une charmante artiste de l’Opéra-Comique, aimée du préfet Haussmann.

Quand Lucipia revint du bagne, il fut l’un des premiers collaborateurs du Radical, qu’avait fondé Victor Simond, et auquel je collaborais, moi aussi. Nous avions un bureau commun. Maintes fois, la conversation revenait sur les Dominicains.

—Les Dominicains!—me disait un jour Lucipia—mais ils auraient parfaitement pu se sauver,—quand on les a conduits du fort de Bicêtre à Paris, le jeudi 25.

On les avait placés en queue de la colonne. Les fédérés, dans leur hâte de rentrer dans leur arrondissement, fuyaient plutôt qu’ils ne marchaient.