Et, comme elle m’offrait, dans un carton, des caricatures de l’époque...

—Vous étiez à Paris... du temps de la guerre?

—Ah! oui, monsieur. Et je m’en souviens comme d’hier.

—Et sous la Commune?

—Oui, c’est sous la Commune que je veux dire.

—Alors, vous avez dû voir bien des choses ici. C’est dans cette rue que sont passés les otages fusillés rue Haxo...

La langue de la boutiquière se délia. Je la guidais dans ses souvenirs, l’interrogeant sur un fait douteux, une légende, un racontar, que j’avais l’occasion d’éclaircir.

—Je n’oublierai jamais ce jour, me dit la femme. J’avais en ce temps-là une quinzaine d’années. Je vivais seule ici avec ma mère, veuve... Il était sur les cinq heures du soir quand les otages passèrent devant chez nous. Tout le monde avait fermé portes et volets. On avait, vous le pensez, été averti par des voisins, qui savaient déjà leur arrivée à la mairie... Bientôt, nous entendons une musique infernale. Des clairons, des tambours. Puis de grands cris, et un piétinement comme si un régiment défilait en courant... Déjà, au coin de la rue, on criait: à mort!... Nous entendions, tremblantes, collées derrière nos volets... Et les clairons sonnaient, sonnaient à casser les vitres... Je hasardai un regard en dérangeant les volets. Je les vis à une vingtaine de pas... Ah! monsieur...

La dame s’était tue, sous l’impression du souvenir terrible.

—Il y avait une cantinière, en tête, lui demandai-je, une cantinière à cheval, avec un filet blanc sur sa coiffure? Vous savez... C’est ce qu’on raconte.