La dame reprit, sans répondre à ma question:

—Je vois encore défiler cette troupe, comme si elle était là, devant moi. Les gendarmes étaient en tête. Je voyais les larmes sur leurs joues... Un tout vieux curé. Puis, toute sorte de gens. Des officiers de la Commune. Des hommes avec des costumes que je n’avais jamais vus. Des femmes avec des fusils. Des enfants armés eux aussi. Des femmes qui étaient habillées en hommes, en costume de gardes nationaux...

Je crus le moment propice pour reparler de ma cantinière, la fameuse cantinière à cheval, habillée en zouave, dont parlent tous les récits.

La dame rassembla ses souvenirs.

—Non. Je ne me rappelle pas... Je ne vois personne à cheval... Non... Mais je vois encore, comme je vous vois, un grand diable qui criait: «Rentrez vos têtes ou je tire dessus...» Vous pensez si je fermai le volet que j’avais entr’ouvert... Pendant un quart d’heure j’entendis encore des cris, des sonneries de trompettes... Des gens passaient, courant après le cortège... Le soir, on nous dit qu’ils avaient tous été fusillés à la Cité de Vincennes.

rue Haxo

Quand on arriva rue Haxo, il était six heures.

—En ligne! cria Gois.

Obéissant comme à la parade, les gardes de Paris s’alignèrent en silence. Le premier, dominant les autres de sa haute taille, un brigadier, la médaille militaire épinglée sur la poitrine.

Les otages étaient rangés sur la chaussée, à l’endroit où la rue Haxo, montante depuis la rue de Paris, commence à redescendre vers la rue du Borrégo.