—On les tirait comme des lapins! me disait, en face du mur, en me désignant le coin sinistre d’où défilaient les otages, l’un des exécuteurs.
Les prêtres tombèrent après les militaires.
Les quatre civils furent tués les derniers.[112]
Quand tout fut fini, quand le tas ne remua plus, les Enfants Perdus, qui s’étaient placés au premier rang, remirent leurs fusils en bandoulière et quittèrent le jardin.
La besogne était terminée.
La foule redescendit vers la mairie, silencieuse, comme poursuivie déjà par le remords ou la responsabilité de l’effroyable hécatombe.
—J’étais resté l’un des derniers, me dit l’ami qui m’accompagnait, toujours debout sur le petit mur, tout près de Dalivous. J’étais comme cloué sur place. Tout d’un coup, je sautai à bas et ne m’arrêtai que dans la rue... Je jetai un coup d’œil sur mon uniforme. Il était plein de sang, avec des éclats de cervelle.
Je regardai l’ancien combattant.
—Vous n’y pensez pas, parfois? lui dis-je.
—Pourquoi!... Ce n’est pas un crime... Un acte de justice révolutionnaire, comme à l’Abbaye...