Qui me délivrera de cette montre?

Comme je l’arracherais avec joie de mon gousset! Comme je l’écraserais sous mes pieds! Comme je la pilerais en mille morceaux!

Mais, je suis pris entre mes deux gendarmes... Prisonnier. Réduit à l’immobilité... Allez donc mettre la main à la poche, tirer cette montre? Où la jeter? On la ramasserait. On lirait l’inscription dénonciatrice.

Et cependant, j’étire lentement mon bras... Je le glisse jusqu’à ma poche... Je saisis la montre, que je serre dans ma main... Je passe le bras derrière le dos... Je l’allonge jusqu’à la banquette... Et, avec un battement de cœur, lentement, silencieusement, j’ouvre la main... La montre s’échappe... Elle est tombée... Moi seul ai entendu un petit bruit sec... Personne n’a sourcillé autour de moi...

Oh! la brave, l’excellente montre, que je maudissais tout à l’heure! Elle ne m’en a pas voulu d’avoir bossué peut-être sa coquille dorée...

Je suis tout joyeux de cette délivrance. Je n’ai plus rien dans mes poches. Ah! maintenant, il peut venir, le grand prévôt! je lui dirai que je suis M. Langlois, un brave jeune homme d’étudiant, qui n’a mis un brassard à la croix rouge de Genève que pour marcher plus tranquillement dans la rue, et qui n’est pas, mais pas du tout de la Commune...

Je me suis demandé souvent, et je me demande encore, en contant cet épisode de mon passage à la cour martiale, qui peut bien avoir trouvé ma montre. Qu’il me la rapporte, celui-là, s’il l’a encore. Je lui promets une honnête récompense.

le Socialisme

Ma victoire devait vite avoir son revers.

J’avais à peine reconquis un instant de repos et de confiance, que je fus rappelé au sentiment de la réalité par l’entrée d’un groupe, soldats, policiers, prisonniers, qui fit bruyamment irruption dans la salle.