—Citoyens! disait l’affiche, la Commune de Paris vous convie à l’enterrement de nos frères assassinés par les ennemis de la République. Rendez-vous à deux heures, à l’hôpital Beaujon. L’inhumation aura lieu au Père-Lachaise.

Il n’était pas encore midi. Je rendis à Henriette sa liberté et lui donnai rendez-vous à l’hôpital.

—J’espère bien que tu laisseras un peu ton major tranquille aujourd’hui, et que tu suivras avec nous le convoi jusqu’au Père-Lachaise.

La belle fille eut comme un sursaut de révolte. Comment avais-je pu penser qu’elle manquerait à ses devoirs de cantinière fédérée et de citoyenne!

—Tu ne vois donc pas que je suis sur mon trente et un! me cria-t-elle avant de me quitter.

Curieux type que cette Henriette—nous ne lui connaissions pas d’autre nom—qui s’était jetée, comme bien des femmes, et de jeunes et jolies femmes, à corps perdu dans le combat, hardies comme des hommes, et même davantage, braves comme des lionnes, courant à travers les balles et les éclats d’obus avec la même désinvolture que lorsqu’elles trottaient à travers les bosquets du père Bullier, allant verser l’eau-de-vie aux blessés sans peur de la mitraille, avec un sourire d’une ineffable gentillesse, ou un dernier baiser d’ami pour ceux qui allaient mourir.

Pauvres filles! Lorsqu’on en prenait quelqu’une sur le champ de bataille, blessée ou cernée, quelle aubaine pour les aristocratiques dames de Versailles!

— Voyez-vous la putain! hurlaient sur son passage les habituées de la Place d’Armes.

On l’assommait à coups d’ombrelle, on lui crachait à la figure. La pauvrette n’avait souvent plus forme humaine, lorsqu’elle arrivait à l’antre de salut, au noir et puant souterrain de l’Orangerie, vers lequel on la poussait à coups de crosse.

à Beaujon