Avant deux heures, j’étais devant le grand portail de l’hôpital Beaujon.

Quand vous serez devant ce portail, regardez-le. Sur ce mur ont longtemps reparu de petites taches blanches, qui étaient les traces des balles. Il y a comme cela, dans Paris, des angles de carrefours, des façades de monuments, des murs d’églises, qui sont criblés de ces petites taches claires, tranchant sur la grisaille de l’édifice.

Là, on a fusillé, comme à Beaujon.

Je ne fus pas longtemps sans retrouver notre cantinière. J’entrai avec elle dans la salle où l’on achevait de mettre en bière les cadavres.

Vingt bières étaient déjà entassées. Dix par dix.

—Dès que les chars de la Commune seront arrivés, on les sortira, me dit le major. Nous en avons encore dix sur les dalles. Voulez-vous les voir?

Nous entrâmes dans l’amphithéâtre. Les cadavres étaient couchés côte à côte. La plupart avec leur chemise et leur pantalon. Quelques-uns avaient conservé leur vareuse, dont le galon couvert de poussière indiquait le grade. Sur la jambe droite, un carton avec le nom du mort et le numéro du bataillon.

Une dizaine n’avaient point été reconnus.

Parmi ces morts anonymes, un vieillard à longue barbe blanche, dont la face tranquille semblait sourire.

A deux pas, un gamin qui n’avait pas seize ans. Celui-là avait été tué d’un coup de pointe de sabre qui lui avait traversé la poitrine.