Il n’y avait qu’à s’exécuter. Nous avions conseillé aux sans-culottes de «boire sans remords». Le droit était de leur côté.

Le soir même, nous faisions donc porter au siège de chacun des bataillons, qui nous avaient fait l’amitié de songer à nous, un panier de vin de choix.

Mais, ce n’était pas du vin des Tuileries.

Le Père Duchêne l’avait bel et bien payé de sa poche.

VIII

tristesses

Avril. Nous avons, à l’Imprimerie Vallée de la rue du Croissant (aujourd’hui l’Imprimerie de la Presse), pour composer nos deux journaux,—le Père Duchêne et la Sociale—deux belles équipes de typos.

De vrais citoyens. Tous d’un bataillon, cela va sans dire.

Mais il y a bataillon et bataillon. Il y a les bataillons qui font un service quelconque dans les innombrables administrations, ministères, mairies, casernes, directions de ci ou de ça. Ces bataillons sont les heureux bataillons. L’uniforme toujours astiqué, les vivres assurés, les trente sous. Il n’y a pas à se faire de bile. Pour tout dire, dans ces bataillons-là, on ne risque pas de se faire trouer la peau.

Il y a, à côté de ces bataillons privilégiés, les bataillons qui se battent. Un beau matin, le rappel bat dans le quartier. On s’habille à la hâte. On prend son flingot d’une main, sa cartouchière de l’autre. On embrasse la femme. Et, vite, au ralliement.