Notre ami Gustave Maître—il a déjà été question de lui dans mon récit de la Cour martiale du Luxembourg—était venu nous voir. Il arrivait d’Issy, où il avait passé quinze jours avec le bataillon qu’il commandait, le 205e. Il nous avait manifesté le désir de voir Rossel, à qui il voulait communiquer certains renseignements sur les positions qu’il venait de quitter pour quelques jours... Si nous remplacions Pierre par Maître?

Deux mots à Maître. Il accepte. Le lendemain, il prendra le commandement des Enfants du Père Duchêne.

Allons voir Rossel à la guerre.

chez Rossel

Rossel est assis devant une table encombrée de papiers, de cartes, de livres. En veston gris, son chapeau mou sur une chaise. Penché, il écrit. Il lève la tête.

—Ah! bonjour. Quelles nouvelles depuis hier?

Il est venu nous voir la veille à notre petit cabaret de la place des Victoires.

Mais il se tait. Il ne connaît pas l’officier qui m’accompagne.

Maître est en uniforme de chef du 205e bataillon. Tunique râpée, constellée çà et là de plaques grises, la boue, mal brossée, des glorieuses tranchées de là-bas. La face ouverte, le regard bleu clair d’un fils des Vosges, la moustache blonde hérissée—une moustache de chat en colère.

—Un ami, dis-je à Rossel... le commandant Maître du 205e. Il a fait toute la campagne dans les chasseurs...