Mardi 23 mai. On se bat depuis deux jours. Les Enfants du Père Duchêne défendent les approches de la rue de Rennes. Je rencontre Maître au Panthéon. Il me cherche depuis le matin. Il me dit les récentes nouvelles de la lutte.

—Il me faut de l’argent pour la solde des hommes.

—Combien?

—Cent cinquante-cinq francs.

—Les voilà.

Je ne sais comment, dans la débâcle des perquisitions, le reçu qu’il me donna dans l’arrière-boutique d’un cabaret de la rue Serpente, où nous allâmes déjeuner, échappa aux gens de police.

Reçu du citoyen Vuillaume, membre de la Commission du Bataillon du Père Duchêne, la somme de cent cinquante-cinq francs. Signé Maître. (Timbre à gauche: Bataillon des Enfants du Père Duchêne. Le commandant.)

Maître, tout en déjeunant, me raconte un curieux épisode de la lutte, pendant que la fusillade s’échange entre les fédérés, barricadés au bas de la rue de Rennes, et les soldats qui occupent la gare Montparnasse.

Dans un kiosque à journaux dont une vitre est brisée, un homme est assis sur une chaise, confortablement. Un paquet de cartouches sur un tabouret. Il tire sur la gare, recharge son fusil, tire encore. Il n’a pas l’air ému. Il n’a aucune des allures d’un insurgé. Son visage est calme. Et il tire, tire...

jusqu’au Père-Lachaise