Le Père Duchêne a vécu.
ce qu’était devenu Vermersch
Nous ne devions pas revoir Vermersch pendant les terribles jours.
Quand nous eûmes passé la frontière, et que nous fûmes à l’abri,[179] lui à Londres, moi à Genève, je lui écrivis, lui demandant le récit de ses infortunes. Voici ce qu’il me répondit, en septembre 1871:
... Je vois que tu me demandes ce que j’ai fait à l’entrée des Versaillais. Il m’est arrivé ce qui est arrivé à beaucoup de gens—à tout le monde à peu près—c’est-à-dire que j’ai appris leur entrée le lundi matin.
Or, je n’avais pas couché ce soir-là à mon domicile habituel de la rue de Seine[180] et je me réveillai dans un quartier envahi, avec des troupes dans les rues avoisinant celle où j’étais et des balles qui venaient s’aplatir au coin de mes fenêtres.
Je m’informai chez la concierge, qui savait qui j’étais, du mouvement des troupes versaillaises. On me les peignit comme possédant déjà les deux tiers de Paris, et on m’affirma que la bataille ne durerait pas vingt-quatre heures, ce qui du reste était, depuis longtemps, une opinion formée chez moi.
Je me trouvais loin de mes affaires habituelles et de mon milieu, complètement isolé au cœur d’une position perdue, ne connaissant personne là où j’étais. Il me fut donc impossible, sans armes, sans un ami, sans une cartouche, de tenter quelque chose, attendu que n’appartenant à rien, je n’avais même pas un point de ralliement.
Mais je dois déclarer que, même sans me trouver dans une impossibilité physique de faire quelque effort, je ne me serais très probablement pas battu, pour la raison que je ne serai jamais le soldat d’une cause désespérée. Je serai bien de l’action le jour de l’insurrection, mais non le jour de la déroute—à l’heure du «en avant!» mais non à celle du «sauve qui peut!».
Je revis Humbert sur la rive gauche, la dernière fois le mercredi matin, quelques heures avant l’attaque du Panthéon. Il suivit la bataille jusqu’au dernier jour.