Il m’était réservé—je l’ai raconté précédemment—d’être arrêté le jeudi matin, et d’être conduit à la cour martiale installée au Luxembourg.

II

notre fortune

—Ils ont fait cela pour les gros sous!

Combien de fois n’ai-je pas lu, au lendemain de la défaite, dans les feuilles de l’ordre versaillais, cette accusation stupide.

Voici ce que nous a rapporté le Père Duchêne.

Déduction faite des frais de publication de la Sociale, que nous faisions paraître l’après-midi, et qui n’était qu’un demi-succès, le Père Duchêne a réalisé, sur ses 68 numéros, un bénéfice de 25.000 francs, chiffre rond.

Ce bénéfice, partagé en cinq parts—les trois nôtres, et nos deux associés, Aubouin et Rodolphe Simon—nous laissait à chacun 5.000 francs.

J’ignore ce que nos deux associés firent de leur argent. Aubouin ne me paraissait pas cousu d’or, quand je le revis, pour la première fois, au Croissant, après l’amnistie. J’ai déjà dit que le destin de Simon m’était inconnu. Quant à nous, les bénéfices du Père Duchêne glissèrent si bien entre nos doigts que nous nous trouvâmes complètement, ou à peu près, dépourvus, quand la bise fut venue.

Je puis bien dire ici que la réputation de capitalistes que nous avait faite sur le boulevard—au Madrid ou au Suède—le gros tirage du Père Duchêne, nous avait en même temps entourés d’une armée de tapeurs.