Encore quelques-uns. Charles Frémine, qui vient de publier chez Lemerre son premier volume de vers, Floréal. Francis Enne. Gustave Puissant, l’auteur, un jour célèbre, des Écrevisses du Petit Auguste. Celui-là—le seul—tournera mal.[189]
le baron de Ponnat
Une note spéciale à ce brave baron de Ponnat, baron authentique, blanquiste et athée.
Épais, chauve, vers la cinquantaine, toujours trottinant, le baron arrive, dépose sur sa table une énorme serviette bourrée de papiers, les notes qu’il a prises à la Bibliothèque impériale pour son Histoire des variations de l’Église, parue plus tard, en deux volumes, chez Charpentier.
Le baron passe toutes ses journées, plongé dans les in-folios de Suarez et de saint Thomas d’Aquin. A moins qu’il ne rencontre un enterrement civil. Ce jour-là, c’est fête pour le fougueux libre-penseur qu’est le baron. Le défunt dont passe la dépouille mortelle? De Ponnat ne s’en inquiète guère. Il se mêle au cortège. Il arrive au premier rang, derrière le corbillard. Il salue les parents, cause au besoin. Tout cela pour préparer la scène finale, la célébration des vertus du libre-penseur qu’il ne connaît, bien entendu, ni d’Ève ni d’Adam. Mais de Ponnat s’est mis en tête de faire de la propagande. Il la fait à toute occasion. Envers et contre tous, s’il le faut. Personne ne l’empêchera, le mort arrivé à la fosse, de prendre la parole et de jeter sur le cercueil le bouquet de fleurs d’immortelles symbolique. La légende veut que le baron, pour amorcer l’assistance, commence invariablement son éloge funèbre par la phrase, plutôt amusante: «Citoyennes et citoyens. C’est toujours avec un nouveau plaisir que je viens sur la tombe d’un libre-penseur...» Personne de nous, à vrai dire, n’a entendu le baron.
Ponnat, avisé, continua, dès que l’insurrection fut victorieuse, à fréquenter Suarez et Thomas d’Aquin. Mais il se tint à l’écart. Un jour, à Genève, nous le vîmes apparaître à la terrasse du café du Nord, où il était venu, de la voisine Savoie, son pays natal, serrer la main des anciens amis. Je n’entendis plus, après cette visite, parler de l’original et blanquiste baron.
mouchards
Il n’est pas facile à la police de s’aventurer dans notre petite brasserie. Tout le monde s’y connaît. Hors nous, il n’y a guère d’habitués qu’une demi-douzaine de commerçants du quartier, qui, après dîner, viennent faire leur partie de billard, sans s’émouvoir autrement du perpétuel brouhaha des conversations, plutôt animées.
Une figure nouvelle apparaît-elle, qu’elle est vite détaillée. Il y a là de fins limiers, comme Rigault, qui connaît à fond son personnel de la rue de Jérusalem.
Dans sa déposition de l’Enquête parlementaire sur l’Insurrection du 18 mars, M. Claude, qui était chargé de la surveillance des clubs, réunions et «endroits mal famés», avoue franchement la terreur qu’inspirait à ses agents la seule idée d’entrer dans un des établissements fréquentés par le monde révolutionnaire.