Les condamnés défilaient. J’écoutais les interrogatoires. Toujours les mêmes, rapides, inexorables.

—Vous avez été arrêté, demandait le capitaine. Où?

—Chez moi. Cette nuit. Je ne sais pourquoi...

Le prévôt levait les yeux. Invariablement, sans autres explications:

—Qu’on l’emmène à la queue!

Ou, plus simplement, avec un regard vers la porte, où quatre soldats se tenaient.

—A la queue!

Une femme fut poussée à la barre de cet effroyable tribunal. La barre était une barrière hâtivement installée, quelques planches neuves et nues où les clous brillaient.

La femme resta droite en face du prévôt. Elle fixa le capitaine de ses yeux largement ouverts:

—Monsieur l’officier, dit-elle la première, fermement, on est venu me prendre chez moi. J’ai laissé mes deux enfants seuls. Je voudrais savoir ce que j’ai fait.