L’histoire devenait intéressante.

—J’avais fait un devis, continuait l’artiste. Mais quand ils me montrèrent ce qu’ils avaient dépensé pour les seuls échafaudages, mon chiffre était déjà dépassé. Je les quittai, et je retournai raconter cela au ministre. Aujourd’hui, c’est fini...

A L’HOTEL-DIEU

cigares d’un sou

Rue de Grenelle. Le lendemain du 18 mars. La grande cour du ministère de l’Instruction publique est pleine de fédérés. Les faisceaux formés. Accroupis en cercle sous la voûte d’entrée, une demi-douzaine de gardes jouent aux cartes.

La curiosité me fait passer le seuil. Je franchis la première porte qui se présente devant moi. J’erre à travers des dédales de corridors qui sentent le vieux bouquin et qu’encombrent des piles de papiers jaunis. Brusquement, que vois-je? Assis, devant une petite table, mon vieil ami Paget-Lupicin, un des fidèles de notre petite brasserie de la rue Saint-Séverin. Sa calotte de fourrure, qu’il porte en tous temps—à la main, car il est toujours tête nue, comme le père Gaillard,[209]—posée près de lui.

—Qu’est-ce que tu fais là, Lupicin?

—Eh! parbleu! j’ai pris le ministère, auquel personne ne songeait. Je suis seul ici... C’est donc moi qui suis ministre.

Et Lupicin éclata de rire, à cette seule pensée qu’il était bel et bien, à ce moment, grand maître de l’Université.

Ce brave Paget n’était du reste pas le premier venu. Il avait publié, après le 2 décembre, un petit journal d’enseignement, l’Éducateur Populaire, qui avait eu un gros succès dans le monde enseignant. Trop de succès même, puisqu’il avait été supprimé, avec adjonction de prison et d’amende pour son propriétaire. Paget, vieux proudhonien, avait publié aussi une petite brochure: Les droits du travailleur.