Il vivait parmi nous autres jeunes, bien qu’il eût déjà la cinquantaine.
Sur sa carte électorale, il inscrivait bravement: Léopold Paget-Lupicin, étudiant en médecine.
Et quand il nous arrivait de blaguer notre vieil ami:
—Eh bien! après tout... Étudiant... Juin et Décembre ont interrompu mes études. Est-ce ma faute?
Je revins, dès le lendemain, voir Paget. C’était le soir. J’entends une voix de femme accompagnée au piano. Un huissier m’ayant annoncé—quelques-uns des huissiers étaient restés à leur poste—Paget sortit.
—Eh bien, mon vieux! lui dis-je, te voilà déjà corrompu par les grandeurs. De la musique, du piano...
Il me fit entrer dans une salle assez pauvrement éclairée. La sœur de l’un de nous, qui possédait une belle voix de contralto, avait bien voulu faire un peu de musique. Paget me présenta à un haut fonctionnaire du ministère—de l’ancien—qui, un peu gêné, honorait de sa présence les salons du nouveau ministre.[210]
Réception bourgeoise. Canettes de bière. Sirops multicolores, montés par le mastroquet d’en face. Cigares d’un sou. Paget ne voulait pas qu’on dépensât l’argent du peuple en londrès.
—Des cigares d’un sou. Je n’en veux plus d’autres ici, avait-il ordonné impérieusement.
Pendant le règne éphémère de Paget, les londrès furent remplacés par les petits bordeaux. Seule réforme qu’eut le temps d’introduire rue de Grenelle le premier grand maître de l’Université de la Révolution de 1871.[211]