Paget, arrêté, fut envoyé, le 6 septembre 1871, devant la 7e chambre correctionnelle pour usurpation de fonctions publiques. On essaya bien de lui attribuer une part de complicité dans la tentative d’incendie de Notre-Dame, mais il était trop visible qu’il n’y était pour rien. Paget incendiaire! Incendiaire de Notre-Dame! Lui qui voilait de lilas le Christ des religieuses Augustines! Il s’en tira avec un an de prison.
Sa prison finie, Paget, qui avait usurpé toutes sortes de fonctions, en dehors de la pacifique mission de directeur de l’Hôtel-Dieu, fut pris de terreurs. Il se réfugia à Saxon, dans le Valais, d’où il m’écrivait, le 27 septembre 1874:
... Me voici en Suisse, où je suis venu pour me remettre des attaques d’une apoplexie pulmonaire. J’y resterai jusqu’à la prochaine Révolution, bien que j’aie fait quinze mois de prison et que j’aie purgé la condamnation qui me frappait d’un an de détention.
Je n’ai été condamné que pour usurpation de fonctions à l’Hôtel-Dieu. Je crains qu’on ne revienne à la charge pour usurpation au ministère de l’Instruction publique et à celui des Travaux publics. Je ne suis plus assez fort pour passer des mois et des années en cellule.
Et le brave homme ajoutait un post-scriptum, en quelques lignes, qui disaient ses éternelles préoccupations de vieil étudiant quinquagénaire:
Je ne suis connu ici que sous le nom du Docteur. J’ai déjà habité le pays en 1865 et 1866, pendant un second exil. Ainsi, mets sur l’adresse: «Le docteur Paget». Tu ajouteras Lupicin, si bon te semble.
Le troisième exil de Paget ne devait pas, hélas, être de longue durée. Un journal du Valais, que j’ouvris un jour dans un café, à Zurich, annonçait la mort subite du «docteur Paget, le sympathique proscrit.»
A LA JUSTICE
16 mai 1871. Au ministère de la Justice. Cinq heures. La colonne est par terre. Je ne m’en irai pas sans dire bonjour à l’ami Besson. Depuis qu’il a été officiellement investi des hautes fonctions de concierge, Besson ne quitte plus le large et magistral fauteuil qui orne la loge d’entrée de la rue Cambon. Ce fauteuil est pour lui un trône. Je suis sûr qu’il ne le changerait pas pour le siège du délégué lui-même.
Besson est venu quelquefois avec moi à la brasserie Saint-Séverin. Je l’ai rencontré pour la première fois à la manufacture d’armes du quai d’Orsay. Mon bataillon, le 248e, tardant d’être armé, j’ai fini par regarder avec dédain, presque avec honte, mes brillants galons de lieutenant. J’ai rencontré un jour mon vieux professeur et ami Joseph Moutier, qui m’enseignait la physique à l’institution Barbet, rue des Feuillantines, vers 1863.[216]