—Allez donc au quai d’Orsay, me dit Moutier. On y fait des cartouches au lieu de tabac. Vous y verrez X... de ma part.
Voilà comment je fis des cartouches jusqu’au 22 janvier. Le lendemain, ma foi, je jugeai plus prudent de ne plus paraître. N’avais-je pas promis aux amis, en cas de succès de l’émeute, de livrer la manufacture, et, bien entendu, les cartouches avec elle?
Besson faisait, lui aussi, des cartouches. Ou, plutôt nous étions, l’un et l’autre, surveillants d’un atelier de cinq ou six cents jolies filles, qui collaient les amorces au fulminate. Parfois, une amorce éclatait. Toute une tablée s’envolait, pour revenir bien vite, comme de gentils papillons.
Je crois bien que ce furent mes conseils subversifs qui détournèrent Besson de la bonne voie, et qui le lancèrent dans le mouvement. Il était du 11e, un arrondissement dévoué d’avance à la Commune. Quand vint le 18 mars, Besson marcha sur l’Hôtel de Ville avec son bataillon.
Quelques jours après les élections, je ne fus qu’à demi étonné de le voir entrer dans notre échoppe du Père Duchêne, rue du Croissant.
—Citoyen Vuillaume, tu me donnes un mot pour Protot? Je veux entrer à la Justice.
—Mieux que cela, tu vas venir le voir avec moi. Je déjeune au ministère ce matin.
A midi, nous étions au ministère. A l’heure de la table, Besson prit place près de moi. C’était une joie pour ce brave garçon de manger avec une fourchette marquée aux armes royales et d’asseoir son postérieur sur les mêmes sièges où s’étaient reposés peut-être des derrières de princesses.
—Cette fois, ça y est bien, me disait-il en se carrant. Nous sommes chez nous.
Le lendemain, quand je revins place Vendôme, je trouvai Besson rayonnant. Je ne sais quelle fonction lui avait été confiée. En capote verte, le képi vainqueur, il causait avec vivacité dans un groupe de fédérés qui gardaient la grande porte de la place Vendôme.