Je revoyais Besson chaque fois que j’allais chez Protot.
Un jour, c’était dans les premiers de mai, Besson me prit à part et m’emmena dans le jardin, ayant, disait-il, à me confier quelque chose de grave.
—J’ai besoin de ta protection. Il y a ici une bonne place libre. Le vieux réactionnaire qui était encore concierge ces jours-ci à la porte de la rue Cambon s’en va. Ce n’est pas trop tôt. On peut me confier ça. Sûr, que je ne laisserai passer personne de suspect... Enfin, parles-en au délégué... Ma femme viendrait avec moi... Ce qu’elle serait contente d’être là! Et puis, c’est pour la vie... Une place sûre.
Je regardai ce brave Besson. Il ne se doutait donc de rien! Il croyait fermement que cela allait durer toujours. Il ne connaissait pas, l’excellent garçon, le mot profond de la vieille Lætitia, qui au milieu des splendeurs de la cour impériale, regardait du coin de l’œil, avec méfiance, toutes ces dorures et tous ces falbalas. «Pourvou que ça doure!» grommelait, avec son accent italien, la mère de César.
Besson, lui, n’avait aucune méfiance. Quand, du portail du ministère où il plastronnait, il avait vu, pendant le jour, scier la colonne, ou caracoler quelques brillants officiers de l’état-major, installé dans l’hôtel en face, sa tranquillité d’âme était complète.
—Un gouvernement qui a le toupet de foutre en bas Napoléon, se disait-il, ça doit être un gouvernement fort.
Et Besson, plus confiant que la mère de César, croyait que cela ne finirait jamais.
Son rêve fut réalisé. Il fut nommé.
Si Besson ne connut que peu de jours la joie et l’orgueil d’être un fonctionnaire important, il savoura ces huit jours de pouvoir avec délices.
Il voulut absolument qu’un soir nous allions, Vermersch et moi, dîner chez lui, dans sa loge.