Les individus mal peignés, très sales, étaient nos amis dont j’ai déjà dit les noms.[219] Plusieurs fils de riches bourgeois. Bricon, dont le père était plus que millionnaire. Dessesquelle, fils d’un gros huissier de Neuilly, également fortuné. Le premier, mort assistant à Bicêtre du docteur Bourneville. Le second, mort avocat à Saïgon. Da Costa, le frère du substitut de Rigault; son père professeur de mathématiques à Sainte-Barbe. Et d’autres, que Me Rousse a également vus hirsutes et très sales.

—Mais, à propos, me dit en riant Protot, vous êtes renseigné, mieux que personne, sur la visite de Me Rousse. C’est vous qui me l’avez amené...

Ce fut moi, en effet, qui introduisis Me Rousse dans le cabinet de Protot.

Par une belle matinée d’avril, j’entrais à la délégation de la place Vendôme. Un groupe de fédérés, causant sous la voûte, m’arrêta. Parmi eux, Besson, dont je viens de raconter l’histoire. J’allais poursuivre mon chemin, me diriger vers le cabinet du délégué, quand un nouveau venu s’approche de notre groupe.

—Pardon, messieurs, pourriez-vous me dire à qui je dois m’adresser pour être introduit près de monsieur le ministre de la Justice?

—Vous voulez, citoyen, parler du citoyen délégué?

—Oui..., monsieur... le délégué.

Je regarde le nouveau venu. Le parfait magistrat. Lèvre rasée. Favoris. Haut-de-forme. Pardessus gris...

—Alors, venez avec moi. Je vais précisément vers lui.

Le visiteur me suit, sans mot dire.