Vermersch, retenu aux avant-postes pendant les mois du siège—il était aide-chirurgien aux ambulances de monseigneur Bauer—ne faisait que de rares apparitions à notre brasserie de la rue Saint-Séverin. Il ne connaît pas son Régère.
Et je lui conte, toujours mezzo voce—nous sommes à la table voisine—qu’après le 31 octobre, Régère, qui était poursuivi, et qui prenait son rôle très au sérieux, en était arrivé à changer presque chaque jour de costume.
Un soir, nous vîmes s’avancer vers la table où nous étions quelques-uns, Vallès, Roullier, Paget-Lupicin, Pilotell, d’autres, un citoyen que nous ne reconnûmes pas tout d’abord, sanglé qu’il était dans un impeccable uniforme de tambour de la garde nationale, passepoils blanc et rouge aux manches et au képi, ceinturon blanchi à la craie. Un vrai tambour, quoi! Il ne lui manquait que les baguettes—et la caisse.
Le tambour tend la main à Édouard Roullier, stupéfait.
—Citoyen tambour, articule Roullier...
Le tambour a mis, d’un air mystérieux, son doigt sur ses lèvres.
Mais Roullier est déjà saisi d’un fou rire.
—Farceur, va!
Le tambour, c’était Régère.
—Attendons qu’ils partent, me glisse Vermersch à l’oreille. Je veux voir de quelle façon guerrière il va recevoir «son épée» des mains de l’officieux.